Maia chauvier | Poésie | chanson | musique | théâtre | interprète | auteur | slam flamenco rock

Ateliers..

René Char:
 
« Les poèmes sont des bouts d’existence que nous lançons à la gueule répugnante de la mort mais assez haut que, ricochant sur elle, elle tombe dans le monde nominateur de l’unité »
 
Poétesse anonyme:
 
« Développe les épines, organismes vivants au fond de la poitrine développée par le vent, avec les absences présentes décris le mot VIE. »

 

Poèmes + ATELIERS

Carnet de bord, 

Chant/champs libre

texte dédié aux mémoires de

Semira Adamu,

Pascal Marchand, 

Au collectif contre les expulsions (1998)

A tous les collectifs sans papiers et contre les camps de rétention qui continuent la lutte aujourd’hui

Texte: Maia CHAUVIER

Aide à l’écriture : Frédéric Thomas

 

Survivre. Par des chants discontinus. Raconter ; être ce témoin qui a vécu ou n’a pas vécu.

Née sur un territoire qui n’existe pas, morte quand on ne trouve pas les détours.

Être parmi les histoires clandestines sans grand H, sans frontières.

Des contagions c’est tout….

Être parmi les  flammes fragiles sous les pluies artificielles, les grandes machines escortées de boucliers et de matraques avançant, carnivores de visages en plein jour.

Une nuit, être parmi les torches qui percent l’isolement des camps quand de l’intérieur, on entend les cris « liberté »

Cela se passe ici, cela se passe ailleurs, hier et aujourd’hui des barbelés, des foulards qu’on agite derrière des fenêtres…

Alors ils ont rompu le silence, le cri ne suffisait plus, il lui fallait le geste…

Ils ont brisé les barbelés. Pas tous/pas toutes. D’autres étaient dans des cellules en isolement total.

Ils ont couru à travers les champs, L’instant resplendissait.

 Ils ont migré,

Où sont-elles, où sont-ils dans quel pays, quelle importance ?

Ils et elles sont nés tant de fois, avec des noms multiples, devenus innommables.

Espérer qu’ils balafrent les nations, qu’ils leur échappent,

Espérer sans espoir. Les évasions sont rares…

S’appeler tant de noms qu’on a oubliés.

Et puis il y a les rencontres, les paysages qui nous marquent ou nous accompagnent.

Les départs venus trop tôt.

Les noms qui vivent en nous.

Des corps qui battent la nécessité du bord du monde de témoigner.

Sans avoir été les témoins. Parfois même nous sont-elles restés inconnus.

 

 

 Cette voix sans visage qui résonnait au bout du fil…

Jamais vue, juste entendue…lue dans ses lettres.

Elle est cet appel sourd, elle a un nom, elle porte d’autres noms restés derrière les grillages, elle leurs donne la force de résister…elle rêve de porter des chants, elle a vingt  ans, Son nom à elle, apparaîtra sur les premières pages des journaux pour un jour y disparaître définitivement.

Sémira Adamu

 

Belgique, 22 septembre 1998 – stop.

Sémira Adamu, 6ème tentative d’expulsion- stop.

Les gendarmes filment – stop.

Dans l’avion, elle, assise, chantonne quelque chose – stop.

Menottée, seule, elle chantonne – stop.

Ecran noir – stop.

Sa tête maintenant écrasée dans un coussin ; elle, pliée en deux – stop.

Ils la tiennent la maintiennent un genou sur son dos – stop.

Ils la tiennent la maintiennent un genou sur son dos – stop.

Cela dure encore cela dure toujours – stop.

Ils plaisantent regardent si d’autres passagers arrivent – stop.

Ils plaisantent – stop.

L’un d’eux se pince le nez – stop.

Ils vaporisent un spray – stop.

[Le procès-verbal indique que la victime a déféqué dans son pantalon – réaction normale face à la peur et à la douleur. Forme également de résistance pour empêcher l’expulsion]

Mais ils la maintiennent toujours – stop.

Sa tête écrasée dans un coussin on ne voit pas son visage – stop.

On ne voit pas son visage – stop.

 

Écran noir sur fond noir – stop stop.

 

 

Palais de justice, une grande salle,

Unique témoin en dehors des tueurs ; une sordide vidéo…l’indicible assassinat.

Ils étaient douze.

La salle est peuplée de gendarmes, ils essayent de bloquer l’entrée.

le sourire en coin, persuadés de sortir impunis…

Quand les images commencent,  les pleurs étranglés  de son amie déchirent le silence.

Les images durent, insupportables. Elles disent tout, on pourrait arrêter l’audience.

Une femme noir persécutée, à plusieurs reprises pour être assassinée par 9 hommes policiers blancs, la voix arrachée, tuée en plein vol, il fallait la faire taire, elle était une résistante.

Sa voix avait des oiseaux dans le sang… comme celle de la petite Mawda, kurde de deux ans fusillée par la police.

 ….

Voir le visage de Semira Adamu, elle chantait doucement, entourée des gendarmes, menottée, avant qu’on ne lui mette la tête enfouie dans un coussin.

Leurs rires, leurs blagues pendant qu’ils la tuent appuyés sur elle, dans la froideur scientifique  la plus totale…pour eux le geste est banal. Ils sont munis d’un parfum vaporisateur pour faire partir les odeurs  de défécation en cas d’étouffement. Ils font leur travail, voyez-vous ?

 

On ne peut pas décrire ce qui traverse nos corps et nos pensées quand nous observons que nous sommes dans une salle entourée de ce qui auraient pu être des gardiens de camps de concentration.

On ne peut pas décrire ce qui traverse nos corps et nos pensées quand pour quelques mottes de terre, quelques grillages saccagés, quelques billets de bus non payés, nous nous retrouvons sur le banc des accusés avec les titres de « malfaiteurs », de « terroristes », de « bandes organisées militairement »…et que ces gendarmes là aujourd’hui continuent tranquillement leur travail.

On ne peut pas décrire ce qui traverse nos corps et nos pensées quand un homme se retrouve dix jours au trou en grève de la faim avec grève de la soif imposée pendant trois jours pour avoir empêché l’expulsion de soixante tziganes (rrom) par charter marqué comme du bétail.

On ne peut pas décrire ce qui traverse nos corps et nos pensées, quand aujourd’hui, tout se poursuit,

 On ne peut pas décrire nos corps et nos pensées portant les disparu-es encore vivant-es

On ne peut pas décrire ce qui traverse nos corps et nos pensées quand nous savons que cela est, que cela fait partie de cet état nation et de tout ce qui le compose…

On ne peut pas décrire ce qui traverse nos corps et nos pensées…

Juste  garder le pays du refus.

Ils peuvent garder  leur foire de la peur. Leurs lois surgelées.

 Qu’ils s’en jettent plein la figure …

Qu’ils y congèlent …

La glace ça fond sous la chaleur …et quand ça fond…ça disparaît…

 

 Retenir sa respiration …. sentir celle de mes compagnons à côté de moi…


 

ATELIER A PLEINE VOIX ! 

Devenir ces griot.te.s qui tentent de transmettre et de fabriquer des histoires, bien vives face à ce qui nous arrache la voix. Cette mort que produit l’histoire contemporaine avec ses lots de camps, d’abjections, de disparu.e.s, des racismes institués, de colonisations, de victimes de guerre économique, sociale et humaine. Cette mort, qui organise nos résignations, nos maladies, nos marches funèbres à travers le siècle. 

Cette parole confrontée aux impossibles, cherchant des issues, contre vents et marée, à créer des chemins possibles qui nous emmènent ailleurs, et font rupture. En quête de personnages possibles et de capacité de raconter. Paroles traçant des nouvelles forces de vie donnant une consistance au réel, à l’imaginaire et y puisant ses armes. Sans cesse acculées à devoir se réinventer pour ne pas se laisser capturer. Des outils de rassemblement, de formation et de partage. Paroles multiples, contradictoires, autres, entendre par parole, la partie orale de tout texte écrit, qu’elle soit une écriture orale, la transmission d’une histoire, ou une écriture sur un bout de papier, sur un mur, sur un rythme ou à travers un chant. C’est à dire qu’elle puisse devenir une matière voix, une matière corps.

Il s’agira de faire connaître des singularités, de partir à la recherche de voix qui mettent l’accent là où elles l’entendent, qui pratiquent l’art de résister, de provoquer, de se soustraire, d’attaquer, de jouer ou déjouer, arpentant la vie, passeur.sseuse.s de génération en génération, sur une ou plusieurs langues, voix de passage ou d’ ancrage s’inscrivant dans des devenirs à la recherche de ressources inédites.

Quelle est cette parole qui devient sujet de sa propre histoire, surgissant des expériences de vie et de lutte sociale, se saisissant de la voix, ou décidant subitement le silence comme rupture définitive ?

Armand Gatti parlera d’une rencontre au sommet des vécus. Walter Benjamin de poursuivre la tradition des vaincus, de bouleverser la ligne du temps, de travailler sous forme de montage poétique affirmant une puissance politique, résistante au fascisme. Philomèle invitera au tissage d’une nouvelle langue à partir de la sienne arrachée suite à un viol, Audre Lorde à transformer les silences en paroles et en actes, avec cette nécessité de rendre visibles les paroles tues trop longtemps. Il s’agira aussi d’écriture des déserteurs du sexisme et du racisme, des fleuves violents qui changent de cours et visent d’autres rives que les femmes et les personnes issues de parcours migratoires, ces personnes font des choix radicaux, quittant les rôles attendus, créent des ponts, des passages, et des métamorphoses.

 extrait de Mandela

« Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur.

Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toute limite.

C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus. »

 

 


16 Juin 2012

 

© Maïa

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