Maia chauvier | Poésie | chanson | musique | théâtre | interprète | auteur | slam flamenco rock

Ateliers..

René Char:
 
« Les poèmes sont des bouts d’existence que nous lançons à la gueule répugnante de la mort mais assez haut que, ricochant sur elle, elle tombe dans le monde nominateur de l’unité »
 
Poétesse kurde anonyme:
 
« Développe les épines, organismes vivants au fond de la poitrine développée par le vent, avec les absences présentes décris le mot VIE. »

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ATELIER PANDEMIQUE; A PLEINE VOIX;

Peut-on proposer d’autres voix que celles qui tournent en boucle et nous sidèrent? Qu’est-ce que la pandémie révèle et provoque ? Quels sont les poèmes, les chants, les colères,  les silences, les peurs qui la remuent ?

En quoi les logiques sécuritaires et sanitaires impactent-elles nos vies ?

Ecrire et devenir ces griot.te.s qui tentent de transmettre et de fabriquer des histoires vives face à cette mort  que produit la pandémie mais aussi l’histoire contemporaine avec sa destruction de terres, ses camps, ses colonisations, ses disparu.e.s, ses ségrégations de personnes âgées ou invalides, ses racismes et sexismes institués, ses victimes de guerre économique, sociale et humaine, ces rapports de domination amplifiés en ces temps.

Cette mort, qui organise nos résignations, nos maladies, nos marches funèbres à travers le siècle. 
 Nous chercherons des manières de dire ce qui nous lie et ce à quoi nous tenons en terme de « soins », de « communautés », de « rituels », de perspectives de luttes et de  libertés , toutes les contradictions et inquiétudes auxquelles nous sommes confronté-es en cette période pandémique mondiale.

Il s’agira dans l’urgence de partir à la recherche de voix qui mettent l’accent là où elles l’entendent, qui pratiquent l’art de résister, de garder la liberté de manifester, de rire, de se soustraire , de célébrer, d’écrire seul ou à plusieurs dans les cafés (dès qu’ils seront réouverts) que nous appellons comme lieux de convivialité. Interroger des voix passeuses de génération en génération, sur une ou plusieurs langues, à la recherche de ressources inédites, combustibles pour « prendre soin les un.e.s des autres » en désertant les faiseurs de guerres intimement liées au capitalisme.

S’inspirer de ces personnes qui prennent la rue et dressent des manifestes de vie (du personnel de la santé à une grève ouvrière masquée, du refus de se taire sur les conditions de vie dans les maisons de retraite aux manifestations de sans-papiers, des luttes des travailleurs/chômeurs/euses aux grèves des femmes , des souffles de solidarité et de mise en commun de ressources dans les quartiers aux luttes contre la destruction des terres, des luttes du sud etc.)

Entendre par parole, la partie orale de tout texte écrit, qu’elle soit une écriture orale, la transmission d’une histoire, ou une écriture sur un bout de papier, un mur, un rythme ou à travers un chant.

Cette parole confrontée aux impossibles, cherchant des issues, contre vents et marée, à créer des chemins possibles qui nous emmènent ailleurs, et font rupture. En quête de personnages possibles et de capacité de raconter. Paroles traçant des nouvelles forces de vie donnant une consistance au réel, à l’imaginaire et y puisant ses armes. Sans cesse acculées à devoir se réinventer pour ne pas se laisser capturer

Méthodologie :
– Mise en relation de savoirs et d’expériences. Un partage de ressources, ponctué de moment de recherche, de lecture et/ou d’interviews.
– Echauffement en musique et en voix
– Atelier écriture et oralité.
– Mise en voix radiophonique ou sur scène (en fonction de l’évolution des mesures sanitaires)

Dates à confirmer en fonction de l’épidémie (si changement, tout sera regroupé sur un seul mois en 2021) :
24 octobre
14, 21, 28 novembre
5 et 12 décembre
9, 16, 18, 23 et 30 janvier
Horaires : 14h00 -17h00 (sauf pour le 18 janvier > horaire à préciser)
Lieu : 8, Av de Stalingrad – 1000 Bruxelles
Activité gratuite, inscription obligatoire avant le 10 octobre 2020.
inscription@laicite.be
Pour tout renseignement : 02 289 69 00″

 

RECITAL BOXON: 

Carnet de bord, 

Chant/champs libre

texte dédié aux mémoires de

Semira Adamu,

Pascal Marchand, 

Au collectif contre les expulsions (1998)

A tous les collectifs sans papiers et contre les camps de rétention qui continuent la lutte aujourd’hui

Texte: Maia CHAUVIER

Aide à l’écriture : Frédéric Thomas

 

Survivre. Par des chants discontinus. Raconter ; être ce témoin qui a vécu ou n’a pas vécu.

Née sur un territoire qui n’existe pas, morte quand on ne trouve pas les détours.

Être parmi les histoires clandestines sans grand H, sans frontières.

Des contagions c’est tout….

Être parmi les  flammes fragiles sous les pluies artificielles, les grandes machines escortées de boucliers et de matraques avançant, carnivores de visages en plein jour.

Une nuit, être parmi les torches qui percent l’isolement des camps quand de l’intérieur, on entend les cris « liberté »

Cela se passe ici, cela se passe ailleurs, hier et aujourd’hui des barbelés, des foulards qu’on agite derrière des fenêtres…

Alors ils ont rompu le silence, le cri ne suffisait plus, il lui fallait le geste…

Ils ont brisé les barbelés. Pas tous/pas toutes. D’autres étaient dans des cellules en isolement total.

Ils ont couru à travers les champs, L’instant resplendissait.

 Ils ont migré,

Où sont-elles, où sont-ils dans quel pays, quelle importance ?

Ils et elles sont nés tant de fois, avec des noms multiples, devenus innommables.

Espérer qu’ils balafrent les nations, qu’ils leur échappent,

Espérer sans espoir. Les évasions sont rares…

S’appeler tant de noms qu’on a oubliés.

Et puis il y a les rencontres, les paysages qui nous marquent ou nous accompagnent.

Les départs venus trop tôt.

Les noms qui vivent en nous.

Des corps qui battent la nécessité du bord du monde de témoigner.

Sans avoir été les témoins. Parfois même nous sont-elles restés inconnus.

 

 

 Cette voix sans visage qui résonnait au bout du fil…

Jamais vue, juste entendue…lue dans ses lettres.

Elle est cet appel sourd, elle a un nom, elle porte d’autres noms restés derrière les grillages, elle leurs donne la force de résister…elle rêve de porter des chants, elle a vingt  ans, Son nom à elle, apparaîtra sur les premières pages des journaux pour un jour y disparaître définitivement.

Sémira Adamu

 

Belgique, 22 septembre 1998 – stop.

Sémira Adamu, 6ème tentative d’expulsion- stop.

Les gendarmes filment – stop.

Dans l’avion, elle, assise, chantonne quelque chose – stop.

Menottée, seule, elle chantonne – stop.

Ecran noir – stop.

Sa tête maintenant écrasée dans un coussin ; elle, pliée en deux – stop.

Ils la tiennent la maintiennent un genou sur son dos – stop.

Ils la tiennent la maintiennent un genou sur son dos – stop.

Cela dure encore cela dure toujours – stop.

Ils plaisantent regardent si d’autres passagers arrivent – stop.

Ils plaisantent – stop.

L’un d’eux se pince le nez – stop.

Ils vaporisent un spray – stop.

[Le procès-verbal indique que la victime a déféqué dans son pantalon – réaction normale face à la peur et à la douleur. Forme également de résistance pour empêcher l’expulsion]

Mais ils la maintiennent toujours – stop.

Sa tête écrasée dans un coussin on ne voit pas son visage – stop.

On ne voit pas son visage – stop.

 

Écran noir sur fond noir – stop stop.

 

 

Palais de justice, une grande salle,

Unique témoin en dehors des tueurs ; une sordide vidéo…l’indicible assassinat.

Ils étaient douze.

La salle est peuplée de gendarmes, ils essayent de bloquer l’entrée.

le sourire en coin, persuadés de sortir impunis…

Quand les images commencent,  les pleurs étranglés  de son amie déchirent le silence.

Les images durent, insupportables. Elles disent tout, on pourrait arrêter l’audience.

Une femme noir persécutée, à plusieurs reprises pour être assassinée par 9 hommes policiers blancs, la voix arrachée, tuée en plein vol, il fallait la faire taire, elle était une résistante.

Sa voix avait des oiseaux dans le sang…

 

 ….

Voir le visage de Semira Adamu, elle chantait doucement, entourée des gendarmes, menottée, avant qu’on ne lui mette la tête enfouie dans un coussin.

Leurs rires, leurs blagues pendant qu’ils la tuent appuyés sur elle, dans la froideur scientifique  la plus totale…pour eux le geste est banal. Ils sont munis d’un parfum vaporisateur pour faire partir les odeurs  de défécation en cas d’étouffement. Ils font leur travail, voyez-vous ?

 

On ne peut pas décrire ce qui traverse nos corps et nos pensées quand nous observons que nous sommes dans une salle entourée de ce qui auraient pu être des gardiens de camps de concentration.

On ne peut pas décrire ce qui traverse nos corps et nos pensées quand pour quelques mottes de terre, quelques grillages saccagés, quelques billets de bus non payés, nous nous retrouvons sur le banc des accusés avec les titres de « malfaiteurs », de « terroristes », de « bandes organisées militairement »…et que ces gendarmes là aujourd’hui continuent tranquillement leur travail.

On ne peut pas décrire ce qui traverse nos corps et nos pensées quand un homme se retrouve dix jours au trou en grève de la faim avec grève de la soif imposée pendant trois jours pour avoir empêché l’expulsion de soixante tziganes (rrom) par charter marqué comme du bétail.

On ne peut pas décrire ce qui traverse nos corps et nos pensées, quand aujourd’hui, tout se poursuit,

 On ne peut pas décrire nos corps et nos pensées portant les disparu-es encore vivant-es

On ne peut pas décrire ce qui traverse nos corps et nos pensées quand nous savons que cela est, que cela fait partie de cet état nation et de tout ce qui le compose…

On ne peut pas décrire ce qui traverse nos corps et nos pensées…

Juste  garder le pays du refus.

Ils peuvent garder  leur foire de la peur. Leurs lois surgelées.

 Qu’ils s’en jettent plein la figure …

Qu’ils y congèlent …

La glace ça fond sous la chaleur …et quand ça fond…ça disparaît…

 

 Retenir sa respiration …. sentir celle de mes compagnons à côté de moi…


 

 

 


16 Juin 2012

 

© Maïa

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